En Europe, près d’une personne sur cinq vit avec une forme de handicap. Pourtant, plus de 95% des sites web restent partiellement ou totalement inutilisables pour elles. Ce n’est pas un détail technique : c’est un problème de conception, d’éthique, et — depuis l’European Accessibility Act — un problème légal.

1. L’argument humain : concevoir pour tout le monde

Quand on parle d’accessibilité numérique, l’image qu’on a en tête est souvent celle d’un utilisateur aveugle naviguant au lecteur d’écran. C’est juste, mais terriblement réducteur. L’accessibilité touche aussi : les personnes daltoniennes qui ne distinguent pas un message d’erreur rouge, celles qui ont une tendinite et naviguent au clavier, les seniors dont la vue baisse, les parents qui consultent une appli d’une seule main à 3 h du matin.

Concevoir accessible, ce n’est pas faire un effort pour eux. C’est concevoir pour les conditions réelles d’usage — qui dévient en permanence du parfait jeune adulte sur MacBook neuf en lumière idéale.

La puissance du Web réside dans son universalité. L’accès par tous, indépendamment du handicap, en est un aspect essentiel.

— Tim Berners-Lee, inventeur du Web

2. L’argument économique : c’est rentable

L’idée reçue veut que l’accessibilité coûte cher. C’est vrai quand on la traite en fin de projet, en rattrapage. C’est faux quand on l’intègre dès la conception. Les études du W3C estiment le surcoût à moins de 5% quand l’accessibilité est pensée dès le départ — contre 20 à 50% en remédiation après livraison.

Côté revenus, le calcul est encore plus net :

À retenir2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel sont perdus par le e-commerce européen à cause de sites inaccessibles, selon le rapport Click-Away Pound (2019). C’est de l’argent laissé sur la table, faute d’avoir investi 5% en plus.

3. L’argument légal : ce n’est plus optionnel

Le European Accessibility Act (directive 2019/882) est entré en application le 28 juin 2025. Il impose à toute entreprise commercialisant des produits ou services numériques dans l’UE de respecter des critères d’accessibilité — alignés sur le standard WCAG 2.1 niveau AA.

Concrètement, sont concernés : les sites e-commerce, les services bancaires en ligne, les billetteries de transport, les e-books, les applications mobiles, les services publics numériques. Les sanctions varient selon les États membres mais peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros par manquement constaté.

En Belgique, le SPF BOSA pilote l’application via le portail accessibility.belgium.be. Les administrations publiques sont déjà tenues à WCAG depuis 2020 ; les acteurs privés ont basculé en 2025.

Par où commencer concrètement ?

Inutile de tout refondre. Une démarche pragmatique tient en quatre temps :

À retenir — L’accessibilité n’est pas une couche qu’on rajoute. C’est une discipline qu’on intègre — comme la sécurité ou la performance. Et comme elles, elle se paie au prix fort quand on l’oublie.

Chez Andromede, on intègre WCAG 2.1 AA par défaut sur tous nos projets institutionnels — du Parlement européen à des PME belges. Pas par militantisme. Parce que c’est devenu, en 2026, la base du travail bien fait.